jeudi 5 août 2010

SOIXANTETREIZE


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- "Prenez vous en à la musique, cousine, si votre soupirant ne va pas en mesure..."
- "Non. Non, décidément ça ne va pas. Peut être plus dévergondé sur le "cousine". Et un poing sur la hanche pour appuyer, ça pourrait être bien. Sentez bien le dilemme de Béatrice, son besoin d'amour contrarié par son envie d'indépendance et inversement. Elle moque Hero mais en son for intérieur elle la jalouse et alors qu'elle jalouse Hero elle se moque d'elle-même."
- "Mais quand elle compare les étapes de la vie amoureuse avec les danses son ironie disparaît et elle n'est plus qu'amertume, comme le lui dit son oncle : "Ma nièce, vous voyez les choses en noir." Ce n'est plus de l'ironie."
- "Vous n'écoutez pas. Vous les lisez mais vous n'entendez pas les personnages. Qu'est ce que l'oncle Leonato cherche en disant cela ? Rien d'autre que rassurer sa propre fille. Le cas de sa nièce est déjà désespéré pour lui. Il la connaît et l'admire mais il sait pertinemment que personne ne sera à la hauteur de ses exigences. Par contre il ignore tout de ses états d'âmes : pour lui, seule sa force de caractère est évidente et il sait qu'à l'inverse, sa fille en est dépourvue car elle est trop fantasque."
- "Donc vous dites que Béatrice n'est pas fantasque? Pourtant sa force de caractère passe avant tout pour de la fantaisie auprès de ses proches. Et vous dites d'Hero qu'elle est fantasque alors qu'elle est surtout romantique et naïve. Non?"
- "Non! Vous n'écoutez pas les personnages. Cessez de lire. Hero cherche l'amour, qu'y-a-t-il de plus fantasque ? Vous mêmes vous êtes des Hero. Fantasques, jeunes, on est dans le pléonasme. Béatrice passe peut être pour quelqu'un de fantaisiste à la rigueur. Mais elle est à l'extrême limite de devenir une vieille fille."
- "Hum... Oui mais alors quand Béatrice dit : "J'ai de bons yeux, mon oncle, je puis apercevoir une église en plein jour." Elle ironise encore mais avec son oncle ?"
- "Elle n'ironise plus ! Elle n'ironise pas ! Elle fanfaronne. Elle fanfaronne avec Hero pour lui donner un peu de sa force et elle fanfaronne avec son oncle pour le conforter dans l'image qu'il a d'elle, une image qu'il projette sur leur entourage et qui lui donne cette contenance. En dedans elle est presque comme Hero. "I can see a church by daylight." Le sens littéral est limpide : elle se voit monter à l'autel au bras de quelqu'un comme Benedick. Tournez les personnages, comme un cercle, pointez les dans des directions inverses de celles que vous imposent les mots de l'auteur. Les deux lectures sont toujours possibles et toujours nécessaires. Un poing sur la hanche, dévergondé sur le "cousine". On reprend."

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Les phrases en italiques sont extraites de Beaucoup de bruit pour rien de William Shakespeare, Acte II, Scène 1. Merci à lui.
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Musique :
  • XTC - Easter Theatre

Dessins :
  1. Clermont-Ferrand
  2. Clermont-Ferrand
  3. Nantes
  4. Nantes


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2 commentaires:

  1. C'est qui ce Shakespeare ? Un collègue ?

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  2. oui, il démarre, on lui promet un grand avenir

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